Ces armes « modernes » qui existaient déjà il y a plus de 200 ans
Missiles-roquettes, bombes à fragmentation… On imagine souvent ces armes comme des inventions récentes. Et pourtant, dès 1814 — et même avant — elles décimaient déjà les champs de bataille. La preuve la plus éloquente ? L’hymne national américain lui-même.
The Star-Spangled Banner (La Bannière étoilée)
Écrit par Francis Scott Key après avoir assisté au bombardement de Fort McHenry dans la nuit du 13 au 14 septembre 1814, le texte contient ce passage révélateur :
« And the rockets’ red glare, the bombs bursting in air, Gave proof through the night that our flag was still there. »
« Et l’éclat rouge des fusées, les bombes explosant dans les airs, prouvaient tout au long de la nuit que notre drapeau était toujours là. »
Ce ne sont pas des métaphores poétiques. Key décrit avec précision deux armes bien réelles, employées par la flotte britannique lors de ce bombardement.
Les deux inventeurs derrière ces vers
William Congreve (1772–1828) Officier et ingénieur militaire britannique, il perfectionna à partir de 1804 une roquette de guerre inspirée des fusées indiennes utilisées à Mysore contre les troupes anglaises. La roquette Congrève pouvait atteindre 1 800 toises, soit environ 3,5 km — une portée considérable pour l’époque. Elle fut massivement utilisée lors des guerres napoléoniennes et de la Guerre de 1812.
Henry Shrapnel (1761–1842) Lieutenant-général britannique, il inventa dès 1784 un obus creux rempli de balles de mousquet et d’une charge explosive, conçu pour éclater en plein vol au-dessus des troupes ennemies. L’effet dévastateur de cette bombe à fragmentation lui valut d’entrer dans l’histoire… et dans le dictionnaire : le mot shrapnel porte encore son nom aujourd’hui.
Une source de 1810 qui confirme tout
Le Journal Suisse n° 64 du 10 août 1810 (consultable à letempsarchives.ch) rapportait déjà, citant un journal danois :
« …outre les raquettes à la Congrève dont les Anglois se servent dans les sièges, ils font aussi usage dans les combats d’une nouvelle arme à feu redoutable, appelliée la bombe de Shrapnell, du nom de son inventeur ; elle contient plus de 100 balles de mousquet, qu’elle lance en éclattant à une certaine distance, et qui font un ravage épouvantable. »
Quatre ans avant Fort McHenry, la presse européenne décrivait déjà ces deux armes avec effroi.
Et Moscou, 1812 ?
Ce tableau représente l’incendie de Moscou, en septembre 1812. Napoléon entre dans la ville le 14 septembre. Dès la nuit suivante, les flammes s’élèvent sur la ville — incendie délibérément ordonné par le gouverneur général Fiodor Rostoptchine pour priver la Grande Armée de tout abri et de toutes ressources. Sur 9 000 bâtiments, environ 6 700 seront réduits en cendres.
Or, à cette date, les roquettes Congrève et les bombes Shrapnel étaient déjà des armes éprouvées, utilisées par les Britanniques depuis plusieurs années. La Russie, alors alliée de l’Angleterre dans la coalition contre Napoléon, avait parfaitement accès à ces technologies. Des roquettes incendiaires lancées depuis les faubourgs sur une ville en bois comme Moscou auraient transformé cette retraite stratégique en enfer encore plus systématique et rapide. Les bombes à fragmentation, quant à elles, auraient pu semer la déroute parmi les colonnes françaises cherchant à se replier dans un ordre déjà bien compromis.
La Grande Armée, qui comptait près de 600 000 hommes à l’entrée en campagne, n’en ramènera que quelques dizaines de milliers. Le froid, la faim et le harcèlement des troupes russes firent l’essentiel du travail. Mais imaginez ce qu’une utilisation coordonnée de ces armes nouvelles aurait pu ajouter au désastre.
L’histoire retient que Napoléon fut vaincu par « le Général Hiver ». Elle oublie souvent de mentionner que les armes capables de le détruire bien plus tôt existaient déjà, et attendaient simplement d’être pleinement exploitées.
Ce que cela nous dit
La nature humaine et son génie destructeur ne datent pas d’hier. Lorsque vous entendrez l’hymne américain, souvenez-vous : derrière ces vers solennels se cachent deux ingénieurs britanniques du début du XIXe siècle, dont les inventions ont changé — et ensanglanté — la façon de faire la guerre.
L’histoire des armes est souvent plus ancienne qu’on ne le croit.
Sources : Journal Suisse, 10 août 1810 — Première édition imprimée de The Star-Spangled Banner (Baltimore, Carrs Music Store) — Portraits de William Congreve et Henry Shrapnel — Peinture : L’incendie de Moscou, 1812.






Laisser un commentaire