Francois Bianchini (1662 – 1729):
Il forma le dessein d’une Histoire Universelle, dont la première Partie a paru en 1697 in-4°. Il se proposa de conduire l’Histoire, tant Profane qu’Ecclésiastique, depuis la Création du Monde jusqu’à nos jours ; mais il vouloit que l’une de ces Parties demeurât toujours séparée de l’autre, & séparée avec tant de scrupule, qu’il s’étoit fait une loi de n’employer jamais dans la Profane rien de ce qui n’étoit connu que par l’Ecclésiastique. La Chronologie ou de simples Annales sont trop sèches ; ce ne sont que des parties de l’Histoire, mises véritablement à leur place, mais sans liaison & isolées. Un Air de Musique, dit-il, est sans comparaison plus aisé à retenir, que le même nombre de Notes qui se suivroient sans faire un Chant. D’un autre côté l’Histoire, qui n’est pas continuellement appuyée sur la Chronologie, n’a pas une marche assez réglée ni assez ferme. Il vouloit que la suite des Tems & celle des Faits se développassent toutes deux ensemble avec cet agrément que produisent, même aux yeux, la disposition industrieuse & la mutuelle dépendance des parties d’un Corps organisé. Il avoit imaginé une division des Tems, facile, & commode ; quarante Siècles depuis la Création jusqu’à Auguste; seize Siècles depuis Auguste à Charles V; chacun de ces seize Siècles partagé en cinq Vingtaines d’années, desorte que dans les huit premiers, de même que dans les huit derniers, il y a quarante de ces Vingtaines, comme quarante Siècles dans la première division ; régularité de nombres favorable à la mémoire : au milieu des seize Siècles comptés depuis Auguste, se trouve justement Charlemagne, Epoque des plus illustres. Il avoit imaginé de plus de mettre à la tête de chaque Siècle de la Quarantaine par où il ouvroit ce grand Théâtre, & ensuite à la tête de chaque Vingtaine d’années, la représentation de quelque Monument qui eût rapport aux principaux Evénemens qu’on alloit voir ; c’étoit la décoration particulière de chaque Scène, non pas un ornement inutile, mais une instruction sensible, donnée aux yeux & à l’imagination par tout ce qui nous reste de plus rare & de plus curieux. Il publia en 1697 la première Partie de ce grand dessein. Elle devoit contenir les quarante premiers Siècles de l’Histoire Profane ; mais il se trouva que le Volume auroit été d’une grosseur difforme, & il n’y entra que trente-deux Siècles, qui finissent à la ruine de l’Empire d’Assyrie (1). Le titre de l’Ouvrage est: Historia Universale provata con Monumenti e figurata con Symboli degli Antichi: in Roma 1697. in-4. pp. 542. Histoire Universelle prouvée par des Monumens, & ornée de Figures représentant les Symboles des Anciens. On ne peut trop regretter que le savant Auteur n’ait pas achevé ce bel Ouvrage.
Source: Nouveau dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle Par Jaques George de Chaufepié. 1750

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