En 1912, lors de la première Guerre balkanique, l’Autriche-Hongrie, dans le cadre de sa politique du Drang nach Osten, cherche à contrer les espoirs de la Serbie de parvenir à la mer Adriatique. Entre la Serbie et la mer, des montagnes peuplées de rouméliotes se dressent, mais ces derniers sont divisés en clans rivaux, opposés par d’antiques vendettas, et divers aussi bien linguistiquement que religieusement (certains sont musulmans, d’autres orthodoxes, d’autres encore catholiques). Pour les unir, la monarchie des Habsbourg y envoie Nopcsa, brillant scientifique polyglotte, qui y apprend très vite les deux langues guègue et tosque (il parle déjà hongrois, allemand, latin, grec, roumain, serbo-croate, et bien sûr français et anglais). En Albanie, Nopcsa se comporte à la fois en scientifique (il publie plus de cinquante études ethnographiques illustrées, sur les us, coutumes, langues, musiques et histoire des Albanais), en agent secret (il remplit sa mission et fédère les chefs albanais en une classe politique cohérente) et en homme de passions (il devient un ardent défenseur de la cause albanaise et tombe éperdument amoureux de son secrétaire Bajazid Elmaz Doda, rencontré en 1906 à Bucarest en Roumanie, qui deviendra son compagnon pour la vie. L’action de Nopcsa contribue à la proclamation de l’indépendance de la Principauté d’Albanie, ce qui est précisément l’objectif de l’Autriche-Hongrie.
Coup de pelle rédempteur.
Par la suite, les années 1918-1921 voient la dislocation de l’Autriche-Hongrie, le rattachement de la Transylvanie à la Roumanie, l’institution du suffrage universel et l’émancipation des paysans roumains qui réclament aux aristocrates hongrois le partage des terres : la réforme agraire de 1921 y pourvoit. Le monde de Nopcsa s’effondre ; il répond de haut à « ses » paysans et reçoit un coup de pelle sur le crâne.
Fin de vie en roues libres:
Refusant de réduire son train de vie, il finit ruiné et se suicide, se tirant une balle dans la tête après avoir empoisonné son compagnon Bajazid Doda, en 1933 à Vienne.
Biographie sur wikipedia.
Pour aller plus loin:
La mer Adriatique constitue, d’un point de vue militaire, un front tout à fait secondaire dans les affrontements de la première guerre mondiale. Aucune grande bataille ne s’y déroule, et seule une guérilla navale y oppose Italiens et Autrichiens. Pourtant, les enjeux politiques y sont majeurs puisque les intérêts contradictoires de l’Italie, de l’Autriche-Hongrie et de la Serbie s’y opposent, dans une lutte acharnée pour la puissance dans l’après-guerre.


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