VASILIGRODA, vulgo VASILIGOROD — le carrefour fluvial oublié de la Russie moscovite

Sur les vieilles cartes latines, on la trouve décrite ainsi :

« Urbs Moscoviae, in Ducatu Novogardiae minoris, ad Volgam fluvium, 75 mill. pass. distans a Novogardia minori in Ortum. Dicitur aliter Basiligroda, quod a Duce Basilio condita sit, ubi Sura fluvius cadit in Volgam. »

Autrement dit : une ville moscovite du duché de Nijni Novgorod, sur la Volga, à 75 milles à l’est de Nijni Novgorod — appelée aussi Basiligroda, du nom du prince Basile (Vasili) qui l’aurait fondée, à l’endroit précis où la Soura se jette dans la Volga.

Et c’est justement cette confluence qui en a fait, dans l’ancien temps, le hub fluvial par excellence de tout l’espace russo-tatar. La logique est presque celle d’un jeu de piste : on descend la Volga au fil du courant sur 800 km jusqu’à Syzran’ ; on transborde la marchandise ; on file 100 km par voie de terre ; puis on redescend, cette fois sur la Soura, encore 840 km — mais du sud vers le nord, toujours porté par le courant. Un immense circuit commercial où deux fleuves se relaient pour faire voyager les marchandises sans jamais forcer contre le courant. Sur cette route de la Soura se trouvaient des villes clés : Penza et Alatyr.

Vasiligorod n’était cependant pas seule dans ce grand jeu des confluences stratégiques. Deux autres carrefours marchands rivalisaient d’importance : — NIJNI NOVGOROD, au confluent de l’Oka et de la Volga, — BOLGAR, au confluent de la Kama et de la Volga.

Trois points de passage obligés, trois clés de voûte du commerce sur la grande route fluviale russe.

Aujourd’hui, l’ancienne cité n’est plus qu’un modeste village — connu sous les noms de Vasilioursk, Vasili Uresk ou encore Vasil Russe (Vasilsursk).

Illustration : carte de 1725 par Stephan Orlikovski, retranscrite par Delisle — on y distingue notamment Vasiligorod, tout près du « chemin de Kazan depuis Nijni Novgorod », et plus au sud la ville d’Alatyr sur la Soura.