Paris, 1825 — Un projet ambitieux qui n’aura jamais vu le jour
Ce plan fascinant, conservé à la Bibliothèque historique de la Ville de Paris, nous révèle un projet audacieux signé par l’architecte Naudy Peyronnet : transformer la plaine de Grenelle en une immense rade projetée — autrement dit, un bassin artificiel destiné à accueillir des naumachies.
Mais qu’est-ce qu’une naumachie ?
Le mot vient du grec naumakhia — littéralement « combat naval ». Dans l’Antiquité romaine, les empereurs faisaient inonder des arènes entières pour y reconstituer de véritables batailles de flotte. Des milliers de condamnés ou de gladiateurs s’y affrontaient sur de vrais navires de guerre, devant des dizaines de milliers de spectateurs.
Au XVIIIe siècle, l’Europe (re)découvre et (ré)invente ce spectacle : les représentations deviennent plus théâtrales que sanglantes, mettant en scène des manœuvres navales, des feux d’artifice sur l’eau, et des reconstitutions de grandes batailles maritimes. C’était, pour le public de l’époque, l’équivalent de nos grands événements sportifs ou cinématographiques.
Un divertissement roi… condamné à disparaître
Ce projet parisien de 1825 illustre parfaitement une tension historique majeure : la rupture culturelle entre l’Ancien Régime et le monde post-révolutionnaire. Les grandes naumachies permanentes — comme celle que Napoléon Bonaparte avait admirée à Milan en 1807, lors de l’une de leurs dernières représentations d’apparat — appartiennent à un monde en voie de disparition.
Le projet de Grenelle ne sera jamais réalisé. L’époque n’est plus à ces fastes coûteux et aristocratiques. Le XIXe siècle cherche d’autres formes de divertissement populaire, plus accessibles, moins spectaculaires dans leur logistique.
Ce que cette carte nous dit sur le changement d’époque
Regardez attentivement ce plan : on y voit des frégates grandeur nature naviguant dans un bassin creusé à même la plaine parisienne, entre Grenelle, Passy et Auteuil. C’est un monde imaginé qui n’existera jamais, le dernier souffle d’une culture du spectacle monumental héritée de Rome et magnifiée par les cours royales européennes.
La grande majorité des divertissements collectifs du XVIIIe siècle — jeux de bague, tournois équestres, naumachies, courses de bateaux en ville — ne franchissent pas le cap du XIXe. Ils cèdent progressivement la place à des pratiques plus codifiées, plus bourgeoises, puis aux sports modernes que nous connaissons aujourd’hui.
Plan d’une naumachie pour la plaine de Grenelle, par Naudy Peyronnet, circa 1825. Source : Bibliothèques spécialisées de la Ville de Paris

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